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Ceux qui dessinent la performance : dans les coulisses de la conception de la Peugeot 9X8

Bien avant que la PEUGEOT 9X8 ne dispute sa première course, et même avant ses premiers kilomètres d’essais, des années de développement se sont déjà écoulées. Derrière chaque prototype se cache le travail discret mais fondamental du bureau d’études, chargé de transformer une idée en une voiture capable de performer au plus haut niveau.

Les ingénieurs conçoivent en 3D chaque élément de la voiture, jusqu’à la moindre vis. Ils intègrent l’ensemble des paramètres qui guideront la conception : performances des générations précédentes, objectifs sportifs, contraintes réglementaires, données issues des simulations et des essais. Leur mission est de traduire ces exigences en solutions techniques capables d’influencer directement le comportement de la voiture.

Véritables hommes et femmes de l’ombre, ils dessinent aujourd’hui ce qui fera la performance de demain. Avant de rejoindre le programme WEC, beaucoup ont forgé leur expérience dans d’autres disciplines prestigieuses, du Championnat du monde des rallyes à Pikes Peak. Chez Stellantis Motorsport, cette diversité de parcours nourrit leur quotidien puisqu’ils évoluent souvent sur plusieurs programmes à la fois, alternant notamment entre Formula E et WEC. Une polyvalence qui favorise le partage des connaissances, le transfert de compétences et l’innovation.

 

Coordination et transversalité : une expertise partagée au service de la performance

Avec plus de 30 ingénieurs, le Bureau d’Études s’appuie sur une organisation transverse pilotée par Yann Le Fur. En fonction des besoins des programmes FIA WEC et ABB Formula E world Championship , les ressources et les compétences sont réparties afin d’accompagner efficacement les différentes phases de développement. Cette approche permet d’optimiser la charge de travail tout en apportant la flexibilité nécessaire au lancement de nouveaux projets.

Cette transversalité se retrouve également dans les parcours des équipes. La plupart des ingénieurs ont contribué aussi bien au développement de la PEUGEOT 9X8 qu’aux monoplaces Formula E, favorisant ainsi le partage d’expertises et les transferts de technologies entre les différents programmes. Une dynamique qui constitue aujourd’hui l’une des principales forces du Bureau d’Études.

« J’ai commencé ma carrière chez Citroën Racing dans les années 1990 avant de rejoindre Peugeot Sport au début des années 2000. Du WRC à l’Endurance, j’ai eu l’opportunité de travailler sur des programmes très variés, notamment sur le programme 908. Cette diversité est une vraie richesse aujourd’hui : elle nous permet de faire circuler les compétences entre les projets et de tirer le meilleur de l’expérience de chacun. »

 

Le pôle Calcul : anticiper avant de construire

Dans le processus de développement, tout ne commence pas par la fabrication d’une pièce. Avant même qu’un composant n’existe physiquement, il a déjà été testé dans l’environnement numérique. « Notre rôle est d’aider les concepteurs à dimensionner les différentes pièces afin qu’elles répondent aux contraintes auxquelles elles seront soumises », explique Jean-Marie Lavoisier, ingénieur calcul.

À l’aide de logiciels spécialisés, les ingénieurs calcul simulent les sollicitations rencontrées par la voiture : efforts aérodynamiques appliqués à la carrosserie, contraintes thermiques générées par le groupe motopropulseur ou encore charges mécaniques transmises aux suspensions et aux liaisons au sol. Chaque étude prend en compte l’environnement complet de la pièce analysée. Une suspension, par exemple, ne peut être étudiée indépendamment des composants qui l’entourent. Toutes les interactions mécaniques doivent être intégrées afin d’obtenir des résultats représentatifs des conditions réelles d’utilisation.

Le développement repose sur un dialogue permanent entre calcul et conception. À partir d’un cahier des charges établi par les équipes simulation et performance, les ingénieurs calcul définissent les caractéristiques optimales. Les concepteurs traduisent ensuite ces données en modèles 3D qui repartent en validation numérique. Plusieurs itérations sont souvent nécessaires avant d’obtenir une solution conforme aux objectifs.

Les composants liés à la sécurité du pilote, les pièces homologuées et tous les éléments stratégiques pour la performance de la PEUGEOT 9X8 font naturellement l’objet d’analyses particulièrement poussées. Les résultats se matérialisent sous différentes formes : données chiffrées, cartographies de contraintes ou animations numériques révélant les déformations d’une pièce et les scénarios de rupture possibles. Pour les ingénieurs, rien ne remplace toutefois la validation sur le terrain. « Lorsqu’une solution fonctionne et contribue à la performance de la voiture, c’est une immense satisfaction pour toute l’équipe. »

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Le pôle Composite et Architecture : concevoir sans compromis

Designer en chef de la PEUGEOT 9X8, Lionel Berthier coordonne l’organisation générale du véhicule. Sa mission consiste à faire cohabiter des centaines de composants dans un ensemble cohérent où chaque millimètre est exploité.

Il supervise le travail des concepteurs tout en restant directement impliqué sur certaines zones stratégiques, notamment les suspensions. Son rôle repose sur un équilibre permanent entre les différents métiers. Les échanges avec les aérodynamiciens sont déterminants puisque les volumes définis par l’aérodynamique conditionnent l’espace disponible sous la carrosserie et influencent l’intégration de tous les composants du véhicule. « Être architecte est un métier de compromis. L’objectif est de construire la meilleure voiture possible tout en offrant aux pilotes la meilleure expérience de conduite. »

Chaque décision produit des conséquences en chaîne. Modifier l’implantation d’un composant, augmenter l’appui aérodynamique ou réduire la traînée nécessite souvent de repenser une partie de l’organisation globale du véhicule. La fonction exige également une gestion rigoureuse des délais. Comme sur un circuit, le temps est compté. Les concepteurs doivent disposer de suffisamment de temps pour réaliser plusieurs cycles de validation avec les ingénieurs calcul avant les essais. « Chacun défend naturellement les intérêts de son domaine. Mon rôle est d’harmoniser toutes ces attentes pour construire une voiture cohérente », résume Lionel.

Cette recherche d’équilibre ne concerne pas uniquement la performance pure. L’architecture doit également faciliter le travail des mécaniciens. Une voiture bien conçue est aussi une voiture plus simple à démonter, réparer ou remettre en piste rapidement.

 

Le pôle Liaison au sol : transformer la puissance en performance

« Concevoir les pièces qui relient la voiture à la piste » c’est le rôle de Tanguy Lourdelet ingénieur en conception mécanique spécialisé en liaison au sol.

Son périmètre couvre l’ensemble des composants qui assurent le lien entre la voiture et l’asphalte : jantes, porte-moyeux, triangles de suspension, systèmes de suspension ou encore interfaces avec la coque carbone. Comme beaucoup de concepteurs du bureau d’études, il apprécie particulièrement les projets qui démarrent d’une page blanche. Ces phases offrent davantage de liberté pour imaginer de nouvelles solutions techniques.

Le travail s’effectue en interaction permanente avec les autres équipes. Même lorsqu’un ingénieur est responsable d’une zone précise du véhicule, les échanges quotidiens permettent de confronter les idées et d’enrichir les choix techniques. Pour concevoir leurs composants, les ingénieurs s’appuient sur une maquette numérique évolutive de l’ensemble de la voiture. Cet outil permet d’identifier les volumes disponibles et d’anticiper les impacts des modifications réalisées par les autres services.

Dans un univers où chaque gramme compte, la chasse au poids reste permanente. Gagner quelques grammes sur une pièce peut contribuer directement aux performances globales du prototype. La concrétisation de ce travail reste la récompense ultime : « Voir une pièce imaginée sur écran prendre vie sur la voiture, puis contribuer à la victoire. »

Peugeot Sport BE2 (2)

Le pôle Châssis : construire l’ossature du véhicule

Pour Kevin Fishermann, spécialiste châssis, chaque projet débute avec un cahier des charges élaboré par les architectes et les différents experts métiers. Sa mission consiste à transformer ces besoins en composants réels grâce aux outils de conception assistée par ordinateur.

La carrosserie illustre parfaitement cette démarche. À partir de surfaces aérodynamiques validées, il doit définir le découpage des panneaux, intégrer les fixations nécessaires et concevoir le drapage carbone qui permettra leur fabrication. Chaque pièce implique de nombreux échanges avec les autres départements. La complexité d’un composant ne dépend pas forcément de sa taille, mais souvent du nombre d’interfaces qu’il entretient avec les autres éléments du véhicule.

Avant tout lancement en fabrication, les pièces sont validées dans un environnement numérique. Les équipes utilisent notamment des « design spaces », des enveloppes virtuelles permettant de vérifier qu’aucune interférence n’existe entre les différents composants. L’exemple d’une écope de frein illustre bien cette complexité. Sa conception doit intégrer les contraintes liées aux jantes, aux disques, aux températures de fonctionnement, aux flux d’air et à l’ensemble de son environnement.

Le choix des matériaux constitue également une étape clé. L’orientation des fibres, le grammage et le type de tissage du carbone sont ajustés en fonction des niveaux de rigidité et de résistance recherchés. À l’inverse, certaines pièces de carrosserie font l’objet d’une chasse permanente au moindre gramme superflu.

« Si c’est bien dessiné, ce sera beau à regarder, et ça concrétise la vision de l’architecte et des ingénieurs en solutions réelles en piste. »

 

Le pôle Moteur : donner vie au projet

Après plusieurs années passées en Formule 1, Kendal Beykoylu évolue aujourd’hui à l’interface entre le moteur et le châssis de la PEUGEOT 9X8.

Le groupe motopropulseur figure parmi les premiers éléments développés. Son évolution nécessite de longues campagnes d’essais sur banc et certaines pièces imposent des délais d’approvisionnement importants, ce qui en fait un élément structurant du projet.

Le moteur influence directement la conception de l’ensemble de la voiture. Son implantation, son refroidissement et son système d’échappement impactent l’architecture générale ainsi que les performances aérodynamiques. En Endurance, les objectifs vont bien au-delà de la seule puissance maximale. Le moteur doit rester performant, fiable et conforme à la réglementation LMH tout en offrant un comportement exploitable dans toutes les conditions. « Le client final reste le pilote. Il doit pouvoir se concentrer sur la course, pas sur la manière dont il doit gérer la voiture. »

Chaque optimisation bénéficie à l’ensemble du véhicule. Une réduction de masse sur un composant peut permettre de renforcer un autre système ou d’améliorer l’équilibre général de la voiture. C’est cet enchaînement de petits gains qui construit progressivement la performance globale. La conception s’appuie sur des modèles 3D puis sur des plans 2D intégrant l’ensemble des spécifications nécessaires à la fabrication. Conformes aux normes ISO, ces documents constituent un langage universel permettant aux fournisseurs de reproduire les pièces avec une précision millimétrique.

Pour lui, « Le Championnat du monde d’Endurance FIA WEC demeure avant tout une compétition d’ingénieurs. Dans des structures à taille humaine, chaque contribution trouve rapidement une traduction concrète sur la voiture et sur la piste. »

 

Une même ambition, une seule équipe

Si chaque pôle possède son expertise propre, la réussite d’un prototype comme la PEUGEOT 9X8 repose avant tout sur la capacité des équipes à travailler ensemble. Une évolution du châssis peut influencer la liaison au sol, une modification sur le moteur peut imposer une nouvelle stratégie de refroidissement, tandis qu’un gain de masse peut conduire à repenser certains composants composites.

C’est également grâce à cette démarche collaborative que les équipes vont au-delà de la seule conception produit et intègrent progressivement les principes de l’éco-conception dans leurs processus de développement. Du numérique au choix des matériaux, en passant par l’optimisation du poids des composants, chaque décision est pensée pour allier performance et maîtrise de l’empreinte environnementale.

Cette intelligence collective permet de faire converger l’ensemble des compétences vers un objectif commun : transformer une feuille blanche en une voiture capable de prendre la piste avec le niveau de fiabilité et de performance exigé par le Championnat du Monde d’Endurance FIA WEC.

Le bureau d’études n’est donc pas seulement un lieu de conception. C’est aussi l’endroit où naissent les innovations techniques et technologiques qui se transforment en solutions concrètes qui prennent finalement vie au fil des tours de roue. Un laboratoire qui permet des avancées pour les véhicules de route.

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